Pour les détails de notre arrivée et les essais chronos hors bol, un article y fait référence en dessous (il a été complété depuis suite aux problèmes informatiques rencontrés).
CA Y EST ! NOUS SOMMES DANS LA COURE DES GRANDS !!!
Les essais officiels :
Les chronos vont tomber et seront les juges-arbitres de notre participation. La tension monte !!! En effet, les pilotes sont répartis dans 4 catégories (bleu : Blaise,blanc : Phil, rouge : Robby et vert : Yann). Pour prétendre à la qualification du team, nous devons individuellement nous qualifier dans notre catégorie. Pour ce faire, nous devons rester dans les 115% de la moyenne des trois meilleurs pilotes de notre catégorie.
Il n’aura suffit que de la première série des essais qualificatifs pour nous qualifier : Blaise 1’45, Phil 1’49, Robby 1’53 et Yann 1’48. Temps de qualification par groupe dans l’ordre des couleurs : 1’56.7, 1’57.0, 1’56 et 1’59.6.
Devant ce résultat très honorable, nous ne prenons pas de risque pour aller chercher les chronos dans la seconde série. Seul Phil va améliorer cette dernière en décrochant un 1’48.
Toujours en quête de confiance absolue, j’ai participé à tous ces essais en essayant de m’approprier la moto qui, avec ses nouveaux réglages et ses nouveaux freins, m’était devenue étrangère. En effet, j’avais parcouru près de 3500 km en version d’origine avec cet engin. Tous mes repères avaient changé avec la nouvelle version. Pour vous dire, je ne suis même pas tombé ! (clin d’oeil à Dada et Roland). Je n’ai pas paniqué et j’ai réappris, doucement, à rouler avec la bête. Avant le départ des 24 heures, mes sensations étaient nettement meilleures que celles du premier tour des essais libres hors bol. J’étais à 90% de satisfaction.
Je relève les superbes performances de Blaise, Phil et Yann qui ont tous amélioré leur chronos personnels sur cette piste de 2 à 3 secondes chacun.
Je souligne également l’acharnement de tous pour finaliser le projet et surtout pour obtenir une moto digne du Bol d’Or. Pour rappel, le projet a été bouclé en 3 mois !!!
Ouverture aux spectateurs du pit lane :
Comme de tradition, après l’annonce officielle des teams qualifiés, le pit lane (partie parallèle à la ligne droite des stands prévue pour le ravitaillement des motos) a été ouvert au public le vendredi à 18h. Les passionnés peuvent ainsi approcher les teams pour admirer les machines et récolter des autographes de leurs idoles, voir des petits cadeaux.
Nous avions prévu cet événement ! Il est claire que nous n’allions pas signer d’autographe car nous sommes des inconnus mais nous avions voulu rendre le spectacle encore plus beau en transformant notre stand à la mode SUISSE, histoire de se démarquer sur les 15 nationalités représentées. Une fresque de 4 mètres sur 2,5 mètres représentant nos montagnes a été peinte par les élèves de 3ème primaire de l’école du Pré-du-Camp/Plan-les-Ouates/Genève (classe de ma fille Olivia), des géraniums ont été installés au pied des motos, du vin blanc dans son tonnelet, de la fondue moitié-moitié et des Sugus ont été offerts au public. De plus, les pilotes et le team manager portaient des chemises de fromagers bien de chez nous. Ca a été une réussite ! Cela nous a valu une interview en direct des stands et les félicitations des teams voisins. Les journaux ont même parlé du Caquelon d’Or.
La course :
Pour la pré-grille, nous entrons dans l’arène tels des gladiateurs face au peuple réclamant de la bière du pain et des jeux. Yann installe la moto sur la piste côté pit lane tandis que je me positionne de l’autre côté de la piste à l’intérieur d’un rond blanc, lieu officiel de mon départ.
C’est une course d’endurance. Les départs sont uniques dans leur genre. Les pilotes doivent courir vers leur moto, l’enfourcher, la démarrer et foncer avec les 52 autres motos. Ensuite, la difficulté est de boucler les premiers virages et les premiers tours en peloton tout en évitant de commettre des erreurs et surtout d’éviter les erreurs des autres !
La foule est en délire. Il fait chaud sous mon casque. La tension monte. Les spectateurs hurlent de plaisir quand les "Ombrela-Girls" font leur show (mini short sexy,string et démarche provocante).
Je suis concentré et serein malgré l’enjeu du départ. Lors du départ des 2 tours de chauffe, j’ai oublié que la première vitesse avait été enclenchée par Yann sur la moto. J’ai perdu du temps sur les autres en cherchant la première.
Je boucle ces deux tours après avoir bien fait chauffer les pneus (grosses accélérations et gros freinage).
Le départ, le vrai, est à quelques secondes. La moto est en face de moi. Toutes les motos sont en place. Yann me confirme que tout est "ok" pour lui. Je n’aurai qu’à courir, sauter sur ma monture, démarrer et partir sans toucher au sélecteur de vitesse.
L’officiel qui donnera le départ en agitant le drapeau national français se trouve en face des pilotes. Il se trouve devant et au milieu des 53 machines. A 30 secondes du départ, il désigne quelques pilotes du doigt afin qu’ils se replacent correctement dans leur cercle respectif. Je remarque qu’il tourne la tête de gauche à droite et de droite à gauche pour avoir une vue d’ensemble afin de corriger les pilotes pris de tricherie quant à leur position avancée. Une idée grandiose me vient à l’esprit. Je me persuade que sont dernier mouvement d’aller-retour avec sa tête sera plus rapide que les autres et qu’il donnera le départ. Je suis calme contrairement aux autres pilotes qui s’agitent dans leur cercle.
Ca y est, l’officiel vient d’accélérer son mouvement de tête, je suis prêt comme un coureur de 100 mètres. Il agite son drapeau et je cours de toutes mes forces. Je suis le premier à enfourcher ma monture. Je suis fier de mon coup de poker ! Je démarre sans bavure et me lance. Je n’ouvre pas les gaz en grand car je me méfie des motos venant de derrière moi afin de ne pas me faire percuter. Je reste très concentrer afin de ne toucher personne dans le virage de la grande courbe. Une seule moto m’a passé avant ce virage. On passe Estoril et on tire à fonds sur le Golf et la ligne droite qui mène au virage d’Adélaïde.
Je suis conscient que ce virage est très dangereux lors d’un départ car les vitesses sont grandes avant le freinage de celui-ci (250-270 km/h) et la fougue de certains leur font perdre leur repère de freinage parce qu’ils veulent à tout prix doubler pour doubler. Le danger est de se retrouver à l’extérieur avant la courbe, de lancer sa moto dans le virage à droite, qui est une épingle (vitesse de passage 50 à 60 km/h), et de se faire percuter par un concurrent qui a loupé son freinage.
Depuis la sortie de la parabolique, je me range à droite et je bataille pour ne pas perdre cet alignement. Pendant le freinage, j’aperçois des drapeaux jaunes agités, signe de danger et sûrement de collision à l’endroit précité. Je remarque plusieurs motos à terre. Ce que je viens de vous décrire venait d’arriver. Je passe doucement Adélaïde le plus à droite possible et j’ouvre gaz à fond. Je crie sous mon casque pour relâcher la pression et surtout pour me féliciter de la tactique.
Drapeaux rouge à croix blanche agités… Le safety car est engagé pour faire ralentir la meute afin de sortir les motos et nettoyer la piste souillée de débris.
La safety car sort après quelques tours. La course est relancée. De suite, j’aperçois une moto dans le bac à sable du Golf, puis une autre couchée contre le mur de la ligne droite des stands. C’est chaud ! La saison des cueillettes est ouvertes mais je suis encore bien vert et ne compte pas me prendre une pelle !
J’assure ma conduite. Je roule vite mais ne prend aucun risque. Pour doubler, je me donne le temps d’observer le comportement de la moto qui me précède pendant un demi tour, voir un tour.
Entre le 10ème et le 15ème tour, les premiers me prennent un tour. Ils sont corrects et ne prennent pas de risque pour me passer. Dans la ligne droite du Golf, alors que j’ouvre en grand et que ma tête est dans la bulle, une kawasaki verte me rejoint à grande vitesse et se met à ma hauteur. Je tourne la tête vers le pilote. Il me fait le "V" de la victoire avec sa main gauche ! Je suis sur le cul. J’éclate de rire et lui rend le symbole. Il me semble qu’il s’agit du premier pilote du Team Bolliger Switzerland. Putain ! J’adore la moto pour ce genre de faits extraordinaires. Rendez-vous compte, on est dans les 30 premières minutes de course. Les premiers commencent à doubler les attardés. On se trouve sur la partie du circuit la plus rapide et on s’échange des gestes complices entre patriotes !!! Hop Suisse !
Pour la petite histoire, le team Bolliger Switzerland #8 est un team amateur qui crâme du pneu au championnat du monde d’endurance depuis 20 ans. En début de course, ils ont eu un gros problème. Ils se sont retrouvé derrière nous ! J’ai bien cru que nous allions finir première équipe suisse de cette course. C’était mal connaître les Bolliger et leur expérience. Finalement, ils ont terminé 9ème au général et nous ont mis 70 tours en tournant en 1’44 pendant 24 heures. Bravo à eux !
Mes panneauteurs m’annoncent "Box". Je confirme le message par un geste de la main ou du pied, je ne m’en rappelle plus, hi hi hi… Je suis heureux d’avoir pris ce fameux départ et d’avoir assuré mon relais. J’explose de joie lorsque je rentre dans notre stand.
Blaise prend le départ. Tout ce passe bien pour lui jusqu’à… Tout le monde est étonné de le voir rentrer alors qu’il lui reste 2 ou 3 tours à effectuer. Surprise ! Il nous apprend qu’il a perdu l’avant de la machine à l’entrée du Château d’eau et qu’il s’est retrouvé sur le cul avec la machine. Il a pu repartir de suite après sa chute malgré le levier de frein endommagé. Il a dû jouer du frein arrière uniquement pour ramener la bête à bon port. On a eu bcp de chance car si un commissaire avait vu le défaut, Blaise n’aurait pas pu reprendre la piste mais utiliser la contre-piste pour rejoindre le box. On a gagné quelques secondes grâce à cela ! 10 à 15 minutes de réparation et voilà Phil qui part pour son premier relais !
Nous avons perdu environ 7 tours suite à cet arrêt prolongé mais le plus important est que nous sommes en course ! Merci aux mécanos pour leur rapidité dans les relais et les réparations.
Au retour de Phil, j’enfourche la machine. Tous se passe à merveille. Je garde en tête mon objectif principale : Ne pas prendre de risque pour ne pas tomber !
Alors que je suis dans la ligne droite des stands, je me fais passé par une moto. Quelques mètres après, une autre moto me passe par la gauche alors que je suis en train de ralentir pour m’attaquer à la grande courbe. Je ne suis pas inquiet mais la moto qui vient de me passer est entrée trop vite. Pour ne pas sortir, il ralentit. Nous nous trouvons l’un derrière l’autre, nous passons sur le vibreur de gauche avant d’attaquer Estoril, j’amène la moto dans la courbe à droite. Je me positionne à droite de la selle. Je décélère. Je tire avec ma jambe gauche la moto pour lui donner de l’angle. J’entre dans la courbe.Tout va pour le mieux. Je garde comme point de fuite la moto qui est devant moi et le suit. A ce moment-là, alors que je suis sur l’angle, ma roue avant se dérobe. La chute est douce et je glisse sur le côté gauche. Je sens ma fesse gauche qui chauffe à cause du frottement entre ma combinaison et le goudron. On doit être à plus de 100 km/h. Je m’étale alors sur le dos pour augmenter la surface de frottement. Je sens la moto qui glisse à mes côtés. A mon point d’arrêt, je lève la tête et constate la bête qui fait une vrille sur elle-même. Elle tombe dans les graviers à faible vitesse. Je cours vers elle et constate que le carénage arrière est cassé en deux. Je ramasse le bout qui git au sol. Trois commissaires arrivent. Ils s’inquiètent de mon état. Je leur confirme que tout va bien. Comme je me trouve avec la moto dans un endroit dangereux, ils ont le droit de m’aider pour sortir la moto. Une fois sur la voie de sécurité, la moto est dans le sens opposé à celui de la course. Dans mon malheur, je constate que je suis assez proche de notre box. Je tente de démarrer la moto mais les commissaires me précisent que si je veux rentrer au box moteur allumer, je dois suivre le sens de la course. Près de 4 km à parcourir avec le moteur allumé et le risque que des saloperies entre dans le moteur par la boite à air, pas pour moi ! Je décide donc de pousser la machine (200 kg). Au début, j’avais presque le sourire (façon de parler) car il y avait une petite descente de 20 mètres. Ensuite que du faux-plat et pour finir un montée jusqu’au pit lane. Pour vous dire ma traversée du désert, plus j’avançais vers les mécanos qui m’attendais, plus j’avais l’impression de reculer. Mêlez à cela le stress de la course, la honte d’être tombé, la fatigue physique… Je vous promets que je n’en menais pas large lorsque j’ai confié la moto à l’équipe de mécano qui m’attendais au début du pit lane pour nous ramener au box.
Arrivés au box les mécanos ont dû changer tout le carénage, le support de tête de fourche et le carter. En effet, lors de la chute de Blaise, la protection de carter avait été usée jusqu’au carter et suite à la mienne, le carter avait sacrément reçu.
Finalité, on a perdu 20 tours (40 minutes) sur ma chute. On a plus le droit à l’erreur. Les abandons se suivent pour les autres équipes et nous sommes conscients que nous avons toujours la chance d’être en course ! Le mot d’ordre est d’assurer tout en remontant au classement.
En résumé :
Nous sommes partis à la 40ème place sur 53 équipages. Je donne la moto à la fin de mon premier relais à la 44ème place.
6ème heure de course, nous nous retrouvons 48ème au général à 42 tours des premiers.
7ème heure de course, 47ème
8ème heure de course, 46ème
9ème heure de course, 43ème
10ème heure de course, 42ème à 10 tours du 41ème
11ème et 12ème heure de course, idem
13ème heure de course, 41ème à 7 tours du 40ème
14ème heure de course, 41ème à 11 tours du 40ème (nous avons dû faire un arrêt au box pour changer le support de tête de fourche car le carénage vibrait)
15ème heure de course, 40ème à 7 tours du 39ème
16ème heure de course, 40ème à 3 tours du 39ème
17ème heure de course, 39ème à 2 tours du 38ème
18ème heure de course, 38ème à 1 tours du 37ème
19ème heure de course, 36ème à 2 tours du 35ème
20ème heure de course, 36ème à 1 tour du 35ème
21ème heure de course, 37ème à 1’20 du 36ème
22ème heure de course, 36ème à 26 secondes du 35ème
23ème heure de course, 36 à 2 tours du 35ème
24ème heure de course, 36ème à 1 seconde des champions du monde d’endurance 2009, le team yamaha austria racing team, dit le "YART" et 21ème en superstock.
Nous terminons finalement 35ème suite au déclassement d’une équipe qui avait roulé avec un réservoir de plus de 24 litres.
Mise à part nos deux chutes, nous avons effectué une très belle course. Je n’ai jamais perdu espoir et c’est cela le plus important ! Physiquement, j’ai toujours été au top mis à part les 5 derniers tours où je n’avais plus de jambe pour emmener la bête de course sur l’angle (contrairement à la moto sur route traditionnelle, en course vous ne tournez pas le guidon pour passer une courbe mais vous emmenez celle-ci sur l’angle en poussant le réservoir avec la jambe opposée au virage). Promis, j’y travaillerai, hi hi…
Je remercie de tout coeur nos partenaires, toute l’équipe et les personnes qui ont contribué à cette réussite.
Mon but était de finir cette course en étant classé et il le but a été atteint !!!
Remarque personnelle, histoire de me faire mal : Sans les chutes, nous aurions pu terminer 15ème sur 29 en superstock (et marqué 1 point au championnat) et 26ème au général sur 53 équipages engagés !
Je ne vous cache pas que j’ai un grand projet en tête pour la saison 2010… Soyez patients ! Je vous tiendrai informés avant la fin de l’année…


















